Commémoration

 

 

Le Dimanche23 juin 2019 a eu lieu la commémoration de toutes les victimes soviétiques du Ban Saint-Jean.

 

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Discours du président, Bruno Doyen.

 

Bonjour, c’est avec un réel plaisir que l’association Franco Ukrainienne pour la réhabilitation du charnier du Ban St-Jean vous accueille aujourd’hui. Nous étions quelque peu anxieux aux vues de la météo des jours précédents.

Merci d’être des courageux et des humanistes engagés ce matin !  Merci de servir l’histoire de ce site. Merci de vous incliner devant un pan de l’histoire encore trop peu connu.

Ici, ainsi qu’au lazaret de Boulay, des jeunes prisonniers arrivant du front de l’EST sont morts après avoir fait bloc au nazisme.

Ici, dans ce camp de triage, ils sont morts d’épuisement, de maladie et de faim ! Se sentir et se voir s’affaiblir rongé par ces maux inconditionnels à toutes vies a dû être une torture supplémentaire.

Ici, ils  sont morts de faim pour notre liberté et notre paix !

A nous de préserver et de servir cette paix et liberté!

Actuellement, nous n’invitons plus les autorités civiles et militaires des 15 républiques formant l’ex union soviétique. La paix étant malmenée dans certains secteurs, des tensions liées à ces conflits perturbaient quelque peu nos commémorations.

L’absence des ambassadeurs, consuls et militaires nous contrarie aujourd’hui, nous le déplorons ! Ils incarnaient la reconnaissance de leurs pays pour leurs héros.

Cette décision, nous l’avions prise dans le but de respecter la mémoire des victimes du BSJ en toute sérénité.

Le thème de la dignité en découle ! En ce lieu de mémoire, nous nous devons d’être dignes devant ces vies brisées.

Les comportements déplacés n’ont rien à faire ici ! Les chants, les prières, les hymnes ne sont pas exécutés pour nous les vivants, ils sont interprétés pour ceux qui font défaut à leurs familles, qui reposent ici loin des leurs! Ce que nous dirons et ferons ici ce matin, ne changera rien aux conflits !

Notre dignité partagée ce matin est également une reconnaissance pour ceux qui ont nourri ces prisonniers aux risques de leurs vies, à nos derniers témoins de ce drame, au public présent, aux élus, aux membres du monde patriotique, aux musiciens et chanteurs, aux porte-drapeaux et aux religieux. Je dis merci !

Notre dignité doit honorer leur présence. Aujourd’hui, ils sont venus uniquement se souvenir et rendre hommage !  Ils ont déserté leur foyer ce matin afin de partager ce moment solennel. A nous de les recevoir dignement !

Aujourd’hui, nous aurons aussi une pensée pour nos malgré-nous morts dans les mêmes conditions dans les camps de l’Est ou au front !

Une pensé toute particulière pour le parrain de notre drapeau décédé dernièrement. Firmin SCHMITT. Il était un témoin incontournable de cette tragédie. A la période des glanes, adolescent, il venait faire brouter les vaches familiales à côté de ce charnier.  Ses souvenirs ont maintes fois été exploités.

Lors de son enterrement, on nous a conté l’histoire de son frère réquisitionné par les gardiens du BSJ afin qu’il y monte avec un cheval de trait et une remorque pour charrier les morts vers les fosses communes. Ce récit prouve une mortalité élevée dans ce camp par moment !  Jusqu’ici, nous n’avions que des histoires et des photos de prisonniers poussant des tombereaux.

Ce récit ne peut que faire écho en nous !

Il devrait à lui seul, dicter nos émotions, nos comportements et notre gratitude ce matin !

Merci pour eux !

 

Discours du Vice-président, Gabriel BECKER.

 

Notre président Bruno Doyen a souhaité inscrire notre commémoration annuelle dans l'exigence de la dignité. La dignité entraîne le respect mutuel et fait le lit aux convenances civiles qu'il s'agit d'afficher entre adultes responsables et bien éduqués.

Le BSJ entre 1941 et 1944 a vu affluer 300 000 prisonniers qui vont transiter par ce camp. Hitler envahit l'Union Soviétique dans le cadre de l'opération Barbarossa à partir du 22 juin 1941. Les Ukrainiens, aux premières loges, sont faits prisonniers par centaines de milliers. La progression de la Wehrmacht permet ensuite de mettre la main sur les Russes, les Bielorusses, les Kazakhs et tous les autres soldats issus des autres républiques et  fondus dans l'Armée Rouge. La pénurie de main d'oeuvre en Allemagne les envoie en transit au BSJ avant de les répartir les différentes mines de charbon et de fer de la région.

Tout homme, quel qu'il soit, a droit à un traitement digne. Il n'est pas question d'établir une hiérarchie entre eux. Mais au BSJ, la dignité était aux abonnés absents, seule comptait la rentabilité. Les milliers de morts du BSJ ont tous subi l'opprobre et la honte : leur statut d'homme était bafoué, méconnu. Leur dignité n'avait plus droit de cité. Dans la période de l'après-guerre, la communauté ukrainienne de l'Est de la France a rendu la dignité aux siens.

Ensuite l'AFU – 6O ans plus tard – va remettre ces notions au goût du jour et ouvrir ses bras à toutes les victimes du BSJ sans distinction. Toutes avaient connu le destin misérable réservé aux prisonniers, toutes ont cessé de vivre, privées de leur dignité d'homme.

Ici au BSJ ou au cimetière de Boulay, vous êtes chez vous, victimes d'

Arménie – Azerbaïdjan – Biélorussie – Estonie – Georgie

Kazakhstan  - Kirghistan -Lettonie  -  Lituanie  -  Moldavie

Ouzbékistan  -  Russie   - Tadjikistan   - Turkménistan  - Ukraine.

Vos noms sont désormais inscrits dans l'air du temps.

Votre sacrifice nous oblige, vos restes mortels ont enrichi notre terre ingrate. Vous avez ici érigé une cathédrale de souvenirs qui plonge tous les survivants dans le devoir de mémoire et de reconnaissance.

La dignité vous a été retirée de votre vivant. Revenez tous , fiers et glorieux,  récupérer vos titres de noblesse pour les siècles et les siècles !